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MARDI 1 er NOVEMBRE - SOLENNITE DE TOUS LES SAINTS



La solennité de tous les saints est la fête de l'espérance ! Dans la joie, nous rendons grâce au Seigneur de nous confier cette vocation commune, devenir saint comme lui-même est saint. Il s'agit bien d'une vocation universelle, et non pas d'une vocation réservée à quelques-uns. Cette vocation ne dépend pas de nos mérites et de nos capacités, mais de notre disponibilité à accueillir l'amour de Dieu qui façonne en nous, jour après jour, l'homme nouveau à la ressemblance de son propre Fils. Nous ne devenons pas saints à la force de nos poignets et simplement en multipliant des actes de volonté ou d'ascèse, mais nous grandissons dans la sainteté dans la mesure où nous nous mettons à la disposition de l'Esprit Saint qui fait en nous toutes choses nouvelles.

Par le baptême, nous avons revêtu le Christ ; par le don de l'Esprit de Pentecôte, nous sommes devenus d'autres Christ ; par l'Eucharistie, nous communions à la vie du Christ. Pour nous, la sainteté est donc tout simplement le déploiement de cette vie avec le Christ dans tous les actes de notre quotidien, dans toutes les circonstances de nos histoires, dans toutes les occasions de nos rencontres… Il ne s'agit pas de chercher l'extraordinaire, mais de vivre notre vie humaine dans une communion de plus en plus intime et de plus en plus totale avec le Christ ressuscité. Appelés à faire partie de cette foule immense que nul ne peut dénombrer, nous sommes aussi invités à laver notre vêtement et à le purifier dans le sang de l'Agneau. Plus encore qu'un simple vêtement, nous sommes invités à plonger nous-mêmes dans le mystère pascal qui nous fait mourir au péché et nous fait ressusciter avec le Christ. Ce n'est que parce que nous serons un en lui et sans cesse renouvelés par lui que nous pourrons chanter éternellement la louange du Seigneur dans la communion de tous les saints.

Par l'Esprit que nous recevons du Père, nous sommes capables de répondre à la vocation dont vient de nous parler saint Jean : il a voulu que nous soyons appelés enfants de Dieu - et nous le sommes. Conduits par le Christ et enseignés par lui, édifiant notre vie sur le roc de sa présence et de sa Parole, pour nous, la sainteté c'est de mener jour après jour cette vie de fils, d'enfants bien-aimés du Père, c'est de refléter un aspect de son amour. Même si notre gloire ultime ne sera révélée pleinement qu'au dernier jour, nous sommes déjà en chemin et à travers notre témoignage personnel, c'est Dieu lui-même qui se fait proche et qui prolonge son œuvre d'amour dans le monde.

La vie avec Dieu, la vie en Dieu, n'est pas une promesse pour le futur. Dieu est la source de la vie et ne cesse d'offrir la vie parce qu'il est amour. Cette vie et cet amour ne se conjuguent ni au passé, ni au futur, mais dans le présent de notre existence. Le chrétien ne cherche pas des assurances pour plus tard, il est appelé à vivre aujourd'hui, dans le monde qui est le sien, au milieu des activités qui sont celles de son quotidien en disciple du Christ. Et là, sa vie et son témoignage sont signes de la présence du Christ ressuscité ; et là, ses engagements attestent qu'il est au service de l'avènement du Royaume et de l'édification d'un monde de justice et de paix. La sainteté à laquelle nous sommes appelés, nous provoque à vivre dès à présent dans la lumière du Ressuscité, à être dès à présent rayonnement de ce Christ qui est Maître de la vie. L'appel à la sainteté ne nous met pas à part, ne nous demande pas de fuir les réalités humaine et sociale qui sont les nôtres. Bien au contraire, dans ces réalités, dans le monde de ce temps, nous sommes lumière et sel, nous sommes levain dans la pâte. Ne répondons pas à cet appel universel à la sainteté par une fausse humilité et en cherchant des excuses pour nous justifier de remettre à plus tard notre réponse. Là est notre vocation et puisque Dieu nous offre cette vocation, il nous donne aussi les moyens pour l'accomplir. Aujourd'hui, nous célébrons l'action de grâce du Christ dans une communion réelle avec la foule immense de tous les saints et nous affirmons aussi notre espérance non seulement de les rejoindre un jour, mais de vivre déjà, dès à présent, cette sainteté. C'est la vie vécue à la suite du Christ dans toutes les heures de notre quotidien, c'est l'amour vécu et partagé dans une liberté qui nous associe à l'offrande du Christ, qui font que nous goûtons déjà les joies de l'éternité et qu'ainsi nous sommes bienheureux.

La loi nouvelle que le Christ nous donne ne nous rappelle pas d'abord des obligations légales, mais nous invite à vivre la béatitude de l'amour et de la vie. Parce que nous sommes saints, parce que nous sommes vivants avec le Christ, parce que nous voulons aimer comme le Christ aime, nous apprenons les chemins de l'humilité et de la douceur, les exigences de la justice et de la paix, la liberté de demeurer dans la fidélité y compris dans les moments où nous sommes confrontés à l'incompréhension et à la persécution. Dans la mesure où nous vivons ainsi, Jésus nous dit : réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux !

P. Philippe Blanc

DIMANCHE 16 OCTOBRE 2011 - 29e dimanche du temps ordinaire


Dimanche après dimanche, le Seigneur invite ses enfants à partager le repas de l'Alliance. C'est pour nous qu'il envoie son Fils qui est la Parole faite chair. C'est pour nous qu'il demande à son Fils d'accepter librement la croix pour proclamer à travers son offrande la victoire de la vie et de l'amour. C'est pour nous encore qu'il ressuscite son Fils pour que nous soyons entraînés avec lui dans la gloire, et déjà revêtus de cette gloire par le sacrament du baptême. En répondant à cette invitation nous formons l'Eglise, et cette Eglise est une communauté rassemblée autour du Christ. Dans cette Eglise, chacun a une mission et chacun a une responsabilité. La mission, c'est tout simplement d'annoncer Jésus-Christ non pas seulement en paroles mais en actes et dans la vérité de notre vie. La responsabilité, c'est de demeurer à l'écoute du Christ avec le souci de transmettre ce que nous avons reçu afin que l'histoire sainte du Peuple de Dieu continue à être écrite non pas seulement sur les pages d'un livre mais dans le coeur de tout homme.

Au début de cette Semaine missionnaire mondiale, l'Eglise nous rappelle que depuis le jour de notre baptême, nous avons tous été associés à l'oeuvre du Christ. L'Esprit qui nous a été donné, est un Esprit de force et de liberté qui nous permet d'aller vers tous nos frères pour que nous puissions leur partager la Bonne Nouvelle du salut. Et nous n'oublions pas que le premier témoignage du missionnaire, c'est sa manière de vivre. La première terre à évangéliser, c'est le coeur même du missionnaire ! C'est tout notre être qui a sans cesse besoin d'accueillir la lumière de l'Evangile. Le Christ ne parle pas seulement à notre intelligence; sa Parole nous dit aussi la vérité de l'amour à l'égard de notre corps, de notre sensibilité, de notre volonté, de nos désirs… Sa Parole est toujours pour la vie et cette vie est toujours à transmettre. Aujourd'hui, dans la diversité de nos vocations personnelles, nous sommes tous appelés à prolonger dans chacune des réalités humaines de notre quotidien, l'oeuvre d'évangélisation initiée par le Christ. Nous croyons que l'Evangile est réellement une bonne nouvelle et que la Parole transmise dans la fidélité est capable de susciter une relation personnelle avec le Christ lui-même. Etre missionnaire, ce n'est rien d'autre que de permettre à nos frères et soeurs de rencontrer le Christ et de vivre avec lui une relation d'amour.

C'est au service de cette mission que notre foi doit être active, que notre charité doit se donner de la peine, que notre espérance doit tenir bon. Notre engagement personnel est le signe et la preuve que nous n'avons pas reçu en vain la Parole de Dieu et la grâce de son amour. Cette semence de vie nouvelle qui a été déposée en nous doit porter du fruit. Nous avons été choisis par Dieu pour faire de notre vie une action de grâce et une offre de salut. Comme le dit saint Paul, en nous, l'Evangile n'a pas été simple parole, mais puissance, action de l'Esprit Saint, certitude absolue. Poussés par cet Esprit qui prolonge et actualise en nous le dynamisme de Pentecôte, nous osons aller vers nos frères pour leur proposer la Parole de Vérité. En nous appelant par notre nom, le Seigneur nous fait confiance et nous envoie. Nous sommes les missionnaires pour ce temps, pour ce monde au sein duquel nous vivons, nous aimons, nous travaillons. L'annonce de l'Evangile est pour nous à la fois une nécessité, une urgence et une expression de notre amour pour les autres. Le Christ est le seul à nous enseigner le vrai chemin de Dieu. Il est aussi le seul à nous révéler la vraie dignité de l'homme.

Alors que beaucoup de nos contemporains sont à la recherche de sens, notre liberté nous pousse à leur montrer le Christ. Ce n'est pas seulement en se consacrant aux oeuvres de César, autrement dit aux oeuvres matérielles et passagères de ce monde, que l'homme parvient à son accomplissement. Si nous sommes seulement préoccupés par notre réussite professionnelle, par notre confort, par la satisfaction de nos passions, par l'acquisition d'un toujours plus, au point de négliger notre relation avec Dieu, nous sommes alors engagés sur une voie sans issue qui est aussi une voie d'autodestruction. L'accueil de la Parole de Dieu et la vie nouvelle qu'elle nous propose ne nous détourne pas des préoccupations humaines qui sont légitimes, mais nous les vivons alors différemment, comme une manière de collaborer à l'oeuvre créatrice, comme l'occasion de vivre un  réel et fraternel partage, comme l'invitation à travailler à l'avènement du règne de justice et de paix. Notre action au coeur du monde sera ainsi le prolongement de l'oeuvre de Dieu. Il ne s'agit donc pas d'opposer César et Dieu, de prendre l'un et de jeter l'autre. Il s'agit davantage de discerner entre l'accessoire et l'essentiel, entre le passager et l'éternel. Préférons-nous être l'esclave de nos biens ou le serviteur de notre Dieu ?

En communion avec toute l'Eglise, prenons toutes les routes pour aller vers nos frères et, comme un service d'amour, n'ayons pas peur de les inviter à la rencontre avec le Ressuscité qui veut nous faire participer à sa vie et à sa gloire.

P. Philippe Blanc

DIMANCHE 9 OCTOBRE 2011 - 28e dimanche du temps ordinaire



Le repas de noce est prêt et nous sommes tous invités à y participer! Ce que le prophète Isaïe avait annoncé s'accomplit pour  nous en Jésus le Christ. Cette invitation ne s'adresse pas seulement à nous qui sommes présents, mais aussi à tous ceux qui n'ont pas encore entendu, à tous ceux qui ne veulent pas entendre et qui sont pourtant attendus. La nourriture que le Christ offre, sa Parole et son Corps, n'est pas réservée à quelques-uns, elle est pour tous les peuples, pour la multitude. Ce repas de noce, c'est la célébration de l'Alliance nouvelle et éternelle ! Fidèle à son projet de salut, Dieu invite l'homme, c'est lui qui prépare la table, c'est lui qui sert et c'est aussi lui qui s'offre en son Fils unique. Rassemblée par le Seigneur et répondant à son invitation, l'Eglise existe par et pour l'Eucharistie. Elle n'est jamais autant l'Eglise de Jésus Christ que lorsqu'elle célèbre sa présence réelle qui se donne à tout homme, que lorsqu'elle proclame à toutes les générations les merveilles de Dieu et répand l'Evangile, que lorsqu'elle s'approche, consciente de la faiblesse de chacun de ses membres, mais sûre de la sainteté offerte par le Père, pour recevoir le Corps du Christ. La vie de l'Eglise, et donc la vie de chaque baptisé, est un prolongement à travers le temps et dans toutes les réalités de la vie humaine, de la liturgie d'action de grâce et de l'offrande libre et personnelle qu'est l'eucharistie. Participer au repas de noce, à la messe dominicale, n'est pas seulement une activité ponctuelle qui occupe notre agenda. L'objectif n'est pas seulement de satisfaire à un précepte.

Pour tout baptisé, participer à l'eucharistie, rejoindre la communauté paroissiale, c'est tout simplement prendre conscience qu'en dehors du Christ, non seulement nous ne pouvons rien faire, mais que, plus fondamentalement encore, en dehors du Christ, nous nous coupons de la source de la vie. Pour être entretenue et nourrie, notre foi a besoin de cette rencontre personnelle et communautaire avec ce Dieu qui invite ses enfants afin qu'ils participent à sa propre vie. Pour que notre présence au cœur du monde d'aujourd'hui soit efficace et missionnaire, nous avons besoin de revenir à la source et de nous abreuver auprès du Christ qui est Lumière et Vie, Chemin et Vérité. Pour que notre humanité soit signe et reflet de la présence du Ressuscité, il est nécessaire et indispensable de vivre la rencontre avec Celui qui prépare la table et s'offre lui-même en nourriture, avec l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde, avec le Christ qui est en même temps l'autel, le prêtre et la victime.

Comment alors pouvoir imaginer une séparation entre la vie de foi et la pratique ? Ne pas répondre à l'invitation du Seigneur, affirmer que cette rencontre n'est pas nécessaire, que nous n'en éprouvons pas le besoin ou que n'avons pas le temps, c'est finalement être comme les invités de la parabole évangélique : le roi envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Le Seigneur a beau appeler, l'Eglise, comme servante envoyée par le Christ, a beau faire entendre cet appel, ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce… et l'on pourrait ajouter toutes les excuses que nous savons trouver aujourd'hui : ils s'en allèrent dans l'arrière-pays pour passer le week-end, ou, selon les saisons, au bord de la mer ou au ski… Comme le dit le proverbe : il n'y a pas pire sourd que celui qui ne veut pas entendre !

Toutes ces fausses excuses, celles de l'époque de Jésus et les nôtres, disent finalement la même réalité : l'homme croit toujours pouvoir se passer de Dieu et vivre sans lui en pensant qu'il se suffit à lui-même et que la règle d'or est de profiter de l'instant qui passe. On veut bien garder quelques traditions, éventuellement se reconnaître chrétien… mais de là à prendre les moyens pour entretenir la foi, pour grandir dans la connaissance de Dieu, pour partager avec d'autres nos raisons de croire, pour participer avec la communauté à la messe qui est le repas de noce, pour mettre la vie quotidienne en cohérence avec l'Evangile et les appels du Seigneur, pour accepter que les enfants prennent part à la catéchèse et préparent les sacrements… Et c'est ainsi que, progressivement, oubliant ses racines et se détournant d'elles, l'arbre de porte plus de fruit. Et c'est ainsi que l'homme, qui s'est rendu sourd à la voix de Dieu et aux appels de la vie, oublie même qu'il est enfant bien-aimé du Père. Et c'est ainsi que notre société, laissant de côté l'essentiel et voulant le réserver à la sphère strictement privée, se débat perpétuellement dans des crises qui disent le mal être et le mal vivre. Accepterons-nous d'entendre vraiment l'invitation du Seigneur : Voilà : mon repas est prêt, tout est prêt : venez au repas de noce ? Accepterons-nous d'être ses serviteurs envoyés vers tous nos frères, vers tous ceux qui n'ont pas encore rejoint la maison paternelle pourtant maison de prière pour tous les peuples : allez donc aux croisés des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce ?

Aujourd'hui, nous célébrons la Pâque du Seigneur, il est au milieu de son peuple. Soyons dans la joie et engageons-nous à partager cette joie. En reprenant les paroles du prophète Isaïe, nous proclamons : C'est le Christ le Seigneur, en lui nous espérons; exultons, réjouissons-nous: il nous a sauvés !

P. Philippe Blanc


Directeur de publication : Père Philippe Blancdernière mise à jour : mercredi 2 novembre 2011