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HOMELIES Dimanche 13 juin 2010 - 11e dimanche du temps ordinaire |  La prière d'ouverture de cette célébration de l'eucharistie nous a invité à un acte de lucidité et d'humilité : puisque l'homme est fragile et que sans toi il ne peut rien. Depuis les origines de la création, l'homme expérimente la révolte contre Dieu et ses conséquences dans la vie quotidienne. En se laissant tromper par le Menteur et le Diviseur, il se détourne des voies de la vie et en vient à oublier la présence de Dieu et son projet d'amour. Entraîné alors dans la seule satisfaction de ses envies et de ses désirs, aveuglé par son orgueil, l'homme n'en a jamais assez. Tous les moyens sont bons, y compris comme le dit le prophète Natan, ce qui est mal [aux] yeux [de Dieu], pour obtenir ce qu'il veut. On pourrait simplement relire une bonne partie de l'histoire passée et présente de l'humanité avec cette clé de lecture. Mais pour nous qui essayons d'être les disciples du Christ, nous entendons un appel à la conversion, à notre conversion personnelle. Si nous acceptons de regarder notre vie, à la manière du roi David, nous ne pourrons pas éviter de reconnaître : j'ai péché contre le Seigneur ! La nécessaire reconnaissance de notre faiblesse et de notre péché n'est pourtant pas la seule attitude de celui ou de celle qui s'engage sur le chemin de la conversion. Il nous faut aussi et surtout nous exposer à l'amour du Père, accueillir la présence du Christ et nous laisser habiter par les dons de l'Esprit. Alors, comme en écho aux paroles du prophète, nous entendrons : le Seigneur a pardonné ton péché, tu ne mourras pas. D'une façon explicite le péché est mis en relation avec la mort car, de fait, la perspective du péché, c'est la mort de la vie divine en l'homme. Pour nous, il s'agit donc bien d'une question de vie ou de mort. Au-delà des satisfactions momentanées et des plaisirs faciles et passagers, la vie dans le péché nous conduit à la mort loin de Dieu. Le drame est que nous sommes souvent plus attentifs à l'accomplissement immédiat de nos désirs qu'à la réalisation de notre vocation d'être en communion avec Dieu. Avec le psalmiste, nous venons de dire : je rendrai grâce au Seigneur en confessant mes péchés. Cette action de grâce s'explique par le fait que le dernier mot appartient à l'amour de Dieu tel qu'il nous a été montré par l'offrande du Christ sur la croix. Bien que le péché soit une réalité de notre vie, le plus extraordinaire est cet amour de Dieu toujours disponible, déjà acquis, offert à tous. L'action de grâce qui jaillit de notre cœur alors même que nous confessons notre péché a ses racines dans cette certitude que nous sommes aimés par Dieu. Lorsque nous nous approchons de lui pour lui confier nos fautes, nous sommes avant tout invités à nous reconnaître comme les enfants bien aimés du Père. Dire notre péché ne signifie pas présenter une liste de manquements à la loi. Il s'agit tout simplement de la rencontre entre le Père riche en miséricorde et son enfant blessé et défiguré par le mal. Le retour à la maison paternelle s'accomplit lorsque nous acceptons de plonger entre les bras du Père pour poser notre visage sur ses entrailles créatrices. En vivant de nouveau au rythme du cœur de Dieu, nous retrouvons notre souffle de créature et notre dignité d'enfants du Père. Pour nous, vivre dans la foi, c'est vivre dans cet amour, dans cette disponibilité à l'amour de Dieu, dans cette liberté qui nous configure au Fils unique.
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| Puisque le Christ est venu partager notre vie afin que nous soyons sauvés et vraiment libres, il ne nous a pas imposé une nouvelle loi mais il s'est donné lui-même afin que sa vie devienne notre vie. C'est pour cela que saint Paul ose écrire dans la lettre aux Galates : nous le savons bien, ce n'est pas en observant la Loi que l'homme devient juste devant Dieu, mais seulement par la foi et Jésus Christ. Méfions-nous des attitudes et des réflexes pharisiens qui nous guettent si souvent. Nous veillons aux apparences, nous sommes attentifs à notre image, nous respectons les pratiques extérieures, mais où est réellement notre cœur ? Respecter la loi, c'est bien, mais n'oublions pas, comme nous le dit l'apôtre, que c'est la Loi qui a fait mourir le Christ. Le chrétien n'est donc pas avant tout l'homme de la Loi, mais l'homme de la foi afin de vivre pour Dieu. Puisqu'il s'agit pour nous de vivre pour Dieu, il faut que nous acceptions de nous détourner de tout ce qui conduit à la non-vie, de tout ce qui porte atteinte à la beauté et à la grandeur de la vie, de tout ce qui obscurcit et détruit en nous la puissance de vie. Nous devons exercer cette vigilance au nom de notre foi. Lorsque la femme dont parle l'Evangile s'approche de Jésus, mouille ses pieds de ses larmes et les parfument, Simon le pharisien ne peut s'empêcher de juger à la manière de la loi : si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. Ainsi l'identité de la femme est réduite à ses actes et, à cause de ses actes, elle devrait être rejetée. Puisque Jésus ne l'écarte pas, c'est donc qu'il n'est pas prophète. La logique humaine est sauve et les censeurs ce sont prononcés ! L'attitude du Christ est différente : il accueille la femme et la laisse faire car ses gestes sont signes de son grand amour. Dieu est toujours émerveillé par notre amour et son cœur de Père ne peut qu'être touché par l'amour de ses enfants. Puisque cette femme a témoigné d'un amour vrai, d'un amour qui lui a donné l'audace et la force de s'exposer aux regards et aux jugements des hommes, Jésus lui offre le fruit de l'amour qui est le pardon, la réconciliation et la communion avec Dieu. En disant : tes péchés sont pardonnés, il ajoute : ta foi t'a sauvée, sans oublier de confier une mission nouvelle : va en paix ! Aller en paix, cela signifie vivre dans la paix que Dieu offre à ses enfants et leur obtient par la mort et la résurrection de son Fils ainsi que par le don de l'Esprit. Vivre dans la paix de Dieu cela veut dire marcher dans l'amour, sans se soucier du qu'en dira-t-on, sans se laisser arrêter par les difficultés du quotidien, sans être paralysés par les regards et les jugements des autres. En apprenant jour après jour à vivre dans l'amour, nous grandissons à la fois dans notre humanité et dans notre filiation divine. N'hésitons plus à nous approcher du Christ tels que nous sommes car c'est pour chacun de nous qu'il a donné sa vie et c'est à chacun de nous qu'il dit aujourd'hui : ta foi t'a sauvé, va en paix !
P. Philippe Blanc |
|  Dimanche 6 juin - 10e dimanche du temps ordinaire |  Notre Dieu est le Dieu des vivants ! Telle est la conviction et la profession de foi que nous pouvons proclamer à l'écoute de la liturgie de la Parole. Nous venons de rendre grâce au Seigneur et d'exprimer notre louange car la Parole qui nous a été offerte est un cadeau pour notre vie. Parfois nous avons l'impression d'entendre toujours le même discours alors que cette Parole est une Bonne Nouvelle qui vient nous surprendre et qui ravive notre espérance. Il nous faut donc accepter de sortir de nos habitudes à l'égard de ce qui a déjà été entendu et accueillir cette Parole comme si c'était pour la première fois que nous la recevions. Grâce au don de l'Esprit Saint que nous avons reçu au baptême et à la confirmation, nous sommes devenus capables de mettre en pratique cette Parole et nous participons à la responsabilité de la faire entendre par tous nos frères et sœurs. D'une certaine manière, cette Parole n'est vivante que dans la mesure où nous l'accomplissons dans notre vie, où nous la laissons nous transformer et nous éclairer. Puisque la Parole est notre lumière, à nous de marcher dans le rayonnement de cette lumière. Elle nous est aussi donnée pour que nous puissions prendre les décisions et faire les choix qui sont conformes à notre dignité de fils de Dieu. Pour notre marche, la Parole est comme une boussole qui nous permet de vérifier si nous sommes sur le bon chemin et si notre route est vraiment orientée vers le Christ. Tout au long de la révélation biblique, le message qui est transmis à l'humanité est toujours le même : notre Dieu est le Dieu de la vie, le Dieu d'une vie qui n'a de sens que lorsqu'elle est vécue dans l'amour et d'un amour qui implique le don de soi même. Alors que Dieu ne cesse de proposer la vie, l'homme préfère parfois être sourd. Les chemins qu'il choisit alors sont souvent des impasses qui le conduisent au néant et à la mort. Mais, même là, comme le dit le psaume, le Seigneur le fait revivre alors qu'il descendait à la fosse. Quand nous disons que Dieu est miséricorde, nous ne nous contentons pas de dire qu'il efface l'ardoise de nos péchés, nous affirmons qu'il est source de vie et que son amour est toujours assez puissant pour susciter une vie nouvelle en chacun de nous. Sa miséricorde, ce sont ses entrailles créatrices qui, de la terre parfois un peu difforme de notre humanité, peut façonner un chef d'œuvre, un homme à son image et à sa ressemblance. C'est encore parce qu'il est miséricorde que le Père envoie son propre Fils pour que, dans sa mort, il emporte chacune de nos morts humaines et que, dans sa résurrection, il nous attire tous à lui, comme le berger rassemble ses brebis, comme le Père accueille ses enfants. En participant à l'action de grâce du Christ, en nourrissant notre foi à la table de sa Parole et de son Corps, nous témoignons de notre volonté de vivre avec lui, de vivre aussi en lui. Au baptême, nous avons revêtus le Christ et notre mission est désormais de vivre à la manière du Christ. Les uns pour les autres, nous sommes sacrements de la présence de son amour. Les temps que nous vivons nous demandent d'être des chrétiens non seulement attachés aux traditions et au folklore, mais bien plus des témoins authentiques qui vivent en cohérence avec la foi qu'ils proclament. Certes, cela est exigeant et demande bien souvent une conversion de notre façon de nous comporter et de penser. |
| Mais, si nous ne voulons pas porter en vain le nom de chrétien, il nous faut revenir à la simplicité de l'Evangile et trouver la manière adaptée pour mettre cette Parole de vie en pratique dans toutes les circonstances et toutes les situations de notre quotidien. Si cet Evangile était pour nous réellement une Parole de vie et une Parole pour la vie, nous ne mettrions plus de séparation ou d'opposition entre notre vie habituelle de chaque jour et notre vie spirituelle, nous n'aurions plus l'impression que la vie chrétienne se réduisait seulement aux quelques étapes traditionnelles qui marquent notre croissance et nos choix de vie. Notre difficulté est de donner une visibilité concrète à notre appartenance au Christ dans notre vie de famille, dans notre travail, dans nos relations, dans nos temps de loisir… Nous avons tous entendus beaucoup de discours qui nous invitent à vivre notre foi dans la sphère privée et sans que cela puisse avoir des conséquences sur la vie de la société et de la communauté humaine. Ces discours ne sont pas inspirés par la vérité qui jaillit de l'amour de Dieu. Dans la mesure où le chrétien accueille et vit l'amour du Christ, il n'est pas un danger pour les autres, il ne porte pas atteinte à la liberté des autres, il ne devient pas intolérant à l'égard des autres. Le Christ n'a jamais eu peur d'accueillir et d'entrer en relation avec les autres, qu'ils soient puissants ou faibles, bien portants ou malades, intégrés dans la société ou exclus par elle, issus du peuple élu ou étrangers… Il vient en notre humanité pour que l'offre de vie soit proposée à tout homme et accessible à chacun d'entre eux. Que ce soit pour la femme rencontrée par le prophète Elie ou pour la veuve de la ville de Naïm, l'action de Dieu est toujours orientée vers la vie, vers une vie qui ne sera pas mise en échec y compris lorsque les uns et les autres nous connaîtrons le moment de notre passage sur la rive de l'éternité. D'ailleurs, l'amour de Dieu qui rejaillit dans l'amour vécu par les hommes nous met déjà sur la trajectoire de la vie éternelle. La vie qui nous est ainsi offerte est le fruit d'un contact intime avec Dieu. Tant que nous restons à distance, que notre attention et notre regard sont lointains et distraits, nous ne pouvons pas faire l'expérience de cet amour. Le prophète Elie prend l'enfant dans ses bras, Jésus s'avance et touche la civière du jeune homme, alors la vie peut à nouveau jaillir. Ce n'est que dans ce contact, dans cette proximité et cette intimité que nous sommes reconnus comme une personne et que nous retrouvons la beauté de notre filiation divine. A notre tour, approchons-nous, laissons-nous toucher par l'amour et la tendresse de Dieu, et nous retrouverons le goût de vivre en enfants de lumière. N'oublions pas aussi de nous approcher des autres, de nous laisser toucher par leur présence et leurs besoins, et nous retrouverons alors la joie de vivre le service et le partage fraternels. Notre Dieu est le Dieu de la vie et nous, nous sommes au service de cette vie et témoins de cette vie.
P. Philippe Blanc |
|  Dimanche 23 mai - Solennité de la Pentecôte |  Nous acclamons la Parole de Dieu et, par elle, nous exprimons notre louange et notre action de grâce. Cette Parole est pour nous Bonne Nouvelle. C'est Dieu lui-même qui nous révèle sa volonté et qui trace un chemin en vue du témoignage. En accueillant cette Parole, nous nous tenons en présence du Christ ressuscité. Quelles que soient nos vocations dans l'Eglise et dans le monde, c'est du Christ qu'il nous faut sans cesse repartir et c'est à sa lumière que nous sommes invités à marcher. Pour entrer dans l'intelligence de sa Parole et la mettre en pratique, le Seigneur nous a fait une promesse : l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, lui, vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. Ce n'est que dans l'Esprit que cette Parole dépasse la simple dimension d'un discours pour devenir Parole de vie. L'Esprit est à la fois le Défenseur qui nous protège contre les lectures erronées, réductrices ou idéologiques de la Parole, et l'Enseignant qui nous maintient dans l'actualité de cette Parole et lui permet de prendre chair en nous. Notre bonne volonté, notre foi et notre raison doivent donc se tenir à l'ombre de l'Esprit Saint pour que la Parole entendue nous fasse entrer dans le projet d'amour de Dieu et puisse porter du fruit en nous. Si nous vivons dans cette qualité d'écoute et d'obéissance, nous entendrons alors le Seigneur lui-même nous dire : bienheureux, toi qui as cru aux Parole qui te furent dites de la part de Dieu. C'est la puissance de l'Esprit qui réalise en nous l'incarnation de la Parole et c'est encore lui qui nous rend aptes à être dociles à la Parole et à l'apporter aux autres. Le don de l'Esprit Saint, le cinquantième jour après Pâques, nous fait entrer dans une célébration continue du mystère pascal qui offre à tout homme le pardon de ses péchés et la plénitude de la vie. Désormais, l'Eglise ne cesse de proclamer la victoire du Christ et cette victoire rayonne sur les visages et dans les cœurs de tous les hommes qui s'ouvrent à cette Bonne Nouvelle. Cette annonce de l'Evangile du salut et son accomplissement dans le réel de notre histoire se heurtent encore à l'opposition ou au rejet de certains mais, plus encore, à la dureté de notre propre cœur, à notre refus de partager et de collaborer avec l'autre, à notre enfermement dans notre orgueil et notre suffisance… En résistant à l'Esprit et à son œuvre de renouvellement intérieur, nous sommes nous-mêmes les obstacles à la proclamation de l'Evangile. Tant que nous sommes paralysés par nos peurs et que nous vivons les portes fermées par crainte de tout ce qui est différent de nous, nous privons le monde de l'annonce de la Bonne Nouvelle qui est source de salut et de vérité.
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| Comme les disciples, laissons-nous alors bousculer par ce violent coup d'Esprit Saint qui veut se poser sur chacun d'entre nous et délier nos langues. Sans oublier qu'il nous faut toujours être auprès du Christ comme le disciple est auprès de son Maître, nous n'hésiterons plus à utiliser tous les moyens et à saisir toutes les occasions pour dire avec l'assurance qui nous vient de l'Esprit les merveilles de Dieu. Notre monde attend des témoins authentiques et l'Esprit nous est offert pour que nous puissions répondre à notre vocation. Les critiques et les reproches que l'on peut lire ou entendre en ces temps troublés à l'égard de l'Eglise, nous renvoient à notre propre tiédeur, à notre propre lenteur à croire, à notre propre insuffisance à rendre témoignage. Là encore, l'Esprit nous est donné pour que soient tués en nous les désordres de l'homme pécheur. Ne l'oublions pas, l'Eglise est sainte car elle est fondée sur le Christ qui en est la Tête, mais elle est une Eglise encore composée de pécheurs qui résistent à l'amour de Dieu. La réponse à cette pauvreté qui marque notre humanité, c'est une docilité plus grande et une plus grande disponibilité à la présence et à l'action de l'Esprit en nous car tous ceux qui se laissent conduire par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont fils de Dieu. Toute notre vocation baptismale consiste à mettre en pratique dans la vie concrète de chaque jour cette réalité qui est une Bonne Nouvelle : nous sommes fils de Dieu. En disant cela, nous affirmons notre dignité et nous reconnaissons notre responsabilité. L'Esprit habite en nous pour que tout notre être soit en communion de vie et d'amour avec le Christ. Notre cœur et notre corps, notre intelligence et notre volonté, notre raison et notre imagination ont besoin d'être évangélisés, d'être perméables à l'Esprit car c'est lui qui affirme à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu. Mais il ne suffit pas de savoir d'une façon abstraite ou désincarnée que nous sommes enfants de Dieu. L'Esprit nous est aussi donné pour que nous puissions vivre cette filiation, pour que nous puissions inventer les gestes et les paroles qui attesteront que le Christ est vivant en nous et que, par nous, il s'offre au monde. Nous avons la responsabilité de vivre en héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ. Mais cet héritage vécu en communion avec le Christ nous associe aussi à sa passion et au don total qu'il fait de lui-même. Telle est la condition, nous dit saint Paul, pour que nous soyons avec lui dans la gloire. Là encore, c'est l'Esprit qui fera de nous des Apôtres qui n'auront plus peur de proclamer par leur vie et leurs paroles la victoire définitive de l'amour et de la vie, des Apôtres qui oseront aller à la rencontre de toutes les nations pour annoncer l'Evangile, des Apôtres qui prendront en charge la transformation du monde, de la culture et de la société pour que Dieu soit connu et aimé, pour que l'homme soit respecté et sauvé. L'Esprit que [nous avons] reçu ne fait pas de [nous] des gens qui ont encore peur. Pour nous, aimer le monde, c'est lui transmettre ce que nous avons reçu de la tradition des Apôtres. Aimer le monde, c'est lui rappeler la grandeur et la beauté de la vocation humaine à l'amour et à la vie. Aimer le monde, c'est lui annoncer la puissance de la miséricorde divine qui peut guérir toutes les blessures et remettre debout pour une vie nouvelle. Aimer le monde, c'est lui dire qu'il est fait pour la gloire et pour la vie éternelle auprès de Dieu. Nous avons reçu l'Esprit pour être capables de montrer aux autres le chemin du ciel, et pour marcher nous-mêmes sur ce même chemin. En cette fête de Pentecôte, tournons-nous vers l'Esprit Saint : ô lumière bienheureuse, viens remplir jusqu'à l'intime le cœur de tous tes fidèles.
P. Philippe Blanc
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|  Dimanche 16 mai - 7e dimanche de Pâques |  L'accomplissement du baptême dans notre vie personnelle nous met dans une relation de communion intime avec le Christ. Avec lui, nous avons été plongés dans le mystère pascal de mort et de résurrection ; par lui, nous recevons la plénitude de la vie et la guérison de nos péchés ; comme lui, nous sommes envoyés en mission dans le monde pour annoncer la Parole de Dieu et réaliser l'œuvre de Dieu ; en lui, nous devenons les artisans d'un monde nouveau et nous collaborons à l'édification de l'Eglise qui est son Corps. En vivant dans le monde, nous sommes dans l'attente du retour glorieux du Christ, et nous disons comme saint Jean dans son Apocalypse Viens, Seigneur Jésus ! Mais cette attente confiante et joyeuse, cette certitude de l'avènement définitif de celui qui est l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin, ne nous détourne pas de notre responsabilité d'apôtres et de témoins. Le Christ a offert une fois pour toutes le sacrifice de la croix qui réconcilie le monde, mais nous constatons que la division et la haine sont encore à l'œuvre dans le cœur des hommes. Dans sa prière, Jésus a demandé au Père que les liens d'amour qui les unissent soient aussi les liens d'amour qui réalisent l'unité entre les hommes, mais nous souffrons encore de la séparation et du refus de la différence, de l'ignorance et du rejet, au sein même du Peuple de Dieu, et parfois même dans nos paroisses et nos familles. Nous sommes émus par la prière du Christ : Que tous, ils soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi… pour que le monde croie que tu m'as envoyé, mais, concrètement, qu'est-ce que cela change dans nos relations avec les autres, dans notre manière de vivre notre vocation baptismale ? Peut-être imaginons-nous que si l'unité n'est pas encore réalisée, c'est à cause de l'autre qui ne veut pas penser comme nous. Et nous restons alors dans un certain aveuglement qui empêche l'accomplissement de la prière de Jésus. Il nous faut donc revenir à l'Evangile et tourner notre regard vers le Christ car c'est lui que nous devons apprendre ensemble à imiter. C'est cet Evangile qui doit être notre règle de vie et c'est à sa lumière que nous devons marcher. Pour nous, l'Evangile n'est pas seulement un livre de belles histoires ou de morale. L'Evangile, c'est le Christ, la Parole vivante qui est à la fois force de création et source de réconciliation. Si, c'est vraiment l'Evangile que nous accueillons aujourd'hui, nous sommes alors engagés à devenir l'homme nouveau, à ressembler au Christ, à partager sa gloire. Parce que le Christ est présent en nous, nos paroles et nos actes prennent de nouvelles dimensions. Autrement dit, en nous voyant vivre, c'est le Christ que nos frères en humanité peuvent progressivement découvrir. C'est lui qui, par son Esprit, fait naître en nous l'homme nouveau et qui nous envoie en mission. Ces derniers jours, le Pape Benoît XVI disait dans son homélie à Porto : Tout se définit à partir du Christ, quant à l'origine et à l'efficacité de la mission : la mission, nous la recevons toujours du Christ, qui nous a fait connaître ce qu'il a entendu de son Père, et nous y sommes engagés par l'Esprit, dans l'Eglise. Comme l'Eglise elle-même, œuvre du Christ et de son Esprit, il s'agit de renouveler la face de la terre en partant de Dieu, toujours et seulement de Dieu ! Il y a donc urgence non seulement à entendre la Parole du Christ mais aussi à tout faire, à tout mettre en œuvre pour la réaliser, pour lui donner une actualité dans notre vie. Nous avons reconnu en Jésus le Fils du Père, l'unique Sauveur et le Médiateur entre Dieu et les hommes. En accueillant sa Parole et en découvrant qu'il est Chemin, Vérité et Vie, nous sommes entrés dans une communion d'amour avec lui et, par lui, avec le Père dans l'Esprit. Par lui, nous avons appris à appeler Dieu de son beau nom de Père. Les paroles et les actes de Jésus, sa présence continuée à travers le temps dans la vie des baptisés, ont le but qu'il précise lui-même dans l'Evangile : pour qu'ils aient en eux l'amour… et que moi aussi, je sois en eux. C'est cet amour qui nous conduit à l'unité, et c'est aussi lui qui nous conduit à la gloire. |
| Aujourd'hui, nous sommes encore dans le temps de la mission et du témoignage. A travers nos vies et l'histoire de notre Eglise, nous continuons à écrire le livre des Actes des Apôtres et nous ne cessons d'entendre l'appel du Christ : vous serez mes témoins. Suivre le Christ dans le quotidien fait appel à la fidélité tant à la Parole reçue qu'aux engagements que nous avons pris. Et cette fidélité peut avoir un prix coûteux, celui de l'incompréhension et des critiques, celui aussi de la persécution. Dans la première lecture, nous avons vu que face à ses accusateurs, Etienne est demeuré fidèle au Christ et à son amour. Fidèle au point d'être conformé au Christ dans l'acte suprême de l'amour qui est le don de soi. On le lapide, mais lui, il prie et il continue à annoncer l'Evangile de la miséricorde : Seigneur, ne leur compte pas ce péché. Notre réponse à l'esprit du Mal qui veut porter atteinte au Corps du Christ et salir ceux qui le servent, c'est le choix de l'amour. C'est là que l'on reconnaît un chrétien, dans cette décision libre et consciente de marcher à la suite du Christ sur les chemins de la charité et de la vérité, sur les chemins d'un témoignage qui implique une obéissance à la volonté du Père et une offrande de soi-même. Dans la célébration de l'eucharistie, le Christ ressuscité se manifeste à nous. C'est lui qui nous partage le pain de sa Parole et de son Corps. C'est lui qui nous offre sa paix et nous promet sa présence tous les jours de notre vie. C'est lui aussi qui nous envoie pour que l'Evangile du salut soit annoncé et offert à tous, pour que sa Parole s'accomplisse dans la vie des baptisés et de tous les hommes de bonne volonté. Le chrétien est, dans l'Eglise et avec l'Eglise, un missionnaire du Christ envoyé dans le monde. C'est là la mission qu'on ne peut différer de toute communauté ecclésiale : recevoir de Dieu le Père et offrir au monde le Christ ressuscité, afin que toute situation d'affaiblissement et de mort soit transformée, par l'Esprit Saint, en occasion de croissance et de vie (Benoît XVI, homélie à Porto). Telle est notre vocation au service de l'unité du genre humain et du salut de tous les hommes. Si nous y répondons par un engagement renouvelé et par notre disponibilité au don de l'Esprit, alors le monde saura que Jésus a été envoyé par le Père pour accomplir en plénitude l'œuvre de l'amour.
P. Philippe Blanc |
|  Jeudi 13 mai - L'Ascension du Seigneur | A plusieurs reprises, dans l'Evangile, Jésus parle à ses disciples de l'accomplissement des Ecritures comme pour inscrire dans une même dynamique les paroles de la première Alliance, des patriarches et des prophètes, et la Bonne Nouvelle transmise par ses propres paroles et par ses actes de Verbe fait chair. Le Christ nous donne les paroles de son Père et réalise les actes de son amour. Pour que nous puissions demeurer dans l'actualité et l'efficacité de cette Parole, Jésus nous promet son Esprit. Donné aux Apôtres au jour de la Pentecôte, il nous a aussi été donné au jour de notre baptême et de notre confirmation. L'onction avec l'huile sainte a signifié que l'Esprit est entré en nous pour nous rendre apte au témoignage et pour nous protéger contre les attaques du Mal. Par cette onction, nous avons été consacrés et le nom que nous portons, celui de chrétien, dit à la fois nos racines et notre mission. Au jour de l'Ascension, les Apôtres entendent les deux hommes en vêtements blancs leur dire : … pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? En effet, pour eux, c'est le temps de la mission qui commence conformément aux paroles de Jésus : vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. L'objectif n'est donc pas de se contenter de regarder vers le ciel et de tout attendre de lui, ni de se maintenir seulement dans la nostalgie de la présence de Jésus. Pour ceux que le Christ a choisi, c'est l'heure de l'apostolat qui s'annonce. Désormais, les Apôtres sont face à leurs responsabilités. La Parole qu'ils ont reçue doit se répandre, et elle ne peut rejoindre les confins de l'univers créé qu'à la condition que chacun d'entre eux participe réellement à la tâche de l'évangélisation. Le mystère pascal de la mort et de la résurrection du Christ doit être proclamé, et cette proclamation a besoin de l'engagement personnel de ceux qui ont été appelés par le Christ. Il ne s'agit pas de regarder le ciel car c'est la terre et tous les hommes qui l'habitent qui sont en attente de l'annonce de l'Evangile. Ce sont toutes les réalités de la vie humaine et tous les secteurs de la société qui ont besoin d'être évangélisés. Aujourd'hui, nous sommes dans cette même urgence de la mission et donc dans cette même nécessité du témoignage. Baptisés dans l'Esprit Saint, nourris par la Parole et le Corps du Christ, conduits par les Pasteurs que le Christ donne aujourd'hui à son Eglise, nous sommes tous envoyés pour manifester la présence de Celui qui est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu. L'Evangile ne nous demande pas de fuir le monde mais de lui apporter la Parole de vérité. L'Eglise ne nous appelle pas à vivre à l'écart du monde ou dans l'indifférence à son égard mais à devenir sel de la terre et artisans d'une civilisation nouvelle. Les chrétiens doivent donc prendre conscience de la mission qui leur est confiée et de l'importance de cette mission vécue comme un service rendue à la vérité. Si nous voulons répondre à l'appel du Christ, il faut que nous soyons enracinés en sa Parole et en son Amour et que nous lui appartenions dans la fidélité. Nous ne sommes pas choisis pour être des témoins à temps partiel et pour ne parler du Christ qu'entre nous. Le témoin doit sans cesse trouver les chemins nouveaux de l'annonce de l'Evangile, de cette Bonne Nouvelle qui ne se résume pas à un discours mais qui doit devenir source de vie nouvelle. Dans l'immédiat, nous ne sommes pas envoyés jusqu'aux extrémités de la terre, mais, par contre, nous sommes envoyés dans nos familles, dans nos milieux de travail, dans nos communautés et nos paroisses, dans nos lieux de loisir… C'est là notre terre de mission et c'est là qu'il nous faut être audacieux pour que là où nous sommes, le Christ soit aussi présent. |
| Si nous ne pouvions compter que sur nos seules forces et nos capacités humaines, nous pourrions être tentés de renoncer à cette mission. Mais Jésus nous dit : vous allez recevoir une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous. C'est dans cet accueil et cette disponibilité à l'Esprit que nous deviendrons les témoins de l'amour de Dieu et les pierres vivantes d'une Eglise sans cesse renouvelée par la grâce et la miséricorde du Père. Si nous passons notre temps à ruminer sur nos faiblesses sans jamais nous abandonner à la force de l'Esprit Saint, si nous nous contentons de faire la liste de nos péchés sans jamais nous ouvrir à la miséricorde de Dieu, si nous dénonçons le mal commis par les autres sans jamais nous convertir nous-mêmes, nous ne pouvons pas être des témoins efficaces. En nous exposant à l'amour du Christ, en le contemplant lorsqu'il accomplit le salut du monde par sa croix et sa résurrection, nous faisons le choix de la vie avec Dieu et ce choix doit avoir des conséquences visibles dans notre manière de vivre. Comme l'affirme l'auteur de la lettre aux Hébreux, c'est une fois pour toutes, au temps de l'accomplissement, [que Jésus] s'est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice. En lui notre cœur est purifié et par lui, notre conscience est éclairée. Fondés sur le roc qu'est le Christ nous pouvons alors construire et nous préparer à résister aux tempêtes qui ne manquent pas à travers l'histoire de nos vies et donc à travers l'histoire de l'Eglise. Face aux difficultés et aux épreuves, confrontés à l'incompréhension et aux jugements du monde, nous continuons sans fléchir d'affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Nous sommes dans l'espérance parce que le Christ est présent. Il est en nous et il est au milieu de nous lorsque nous sommes rassemblés pour la louange et l'action de grâce. Le Christ est enlevé au ciel, mais, par son amour et sa Parole, par la puissance de son Esprit, il est vivant au plus intime de chacun d'entre nous. Jésus se sépare de ses disciples au jour de l'Ascension, mais sa bénédiction les accompagne alors qu'ils vont aller à la rencontre de toutes les nations. Ce temps de l'Eglise que nous vivons n'est pas le temps de l'absence du Christ. Bien au contraire, sa présence est comme multipliée par chacun d'entre nous, et nous entendons aujourd'hui cet appel de Jésus : c'est vous qui en êtes les témoins. Alors, ne perdons pas notre temps à regarder vers le ciel ! Poussés par l'Esprit, allons vers nos frères et montrons-leur le Christ !
P. Philippe Blanc |
|  Dimanche 9 mai - 6e dimanche de Pâques | La Parole que nous entendons au cours de la liturgie dominicale nous invite à raviver notre intimité et notre communion avec Dieu dans son mystère trinitaire. C'est Jésus, le Verbe fait chair, qui nous parle et, comme il le dit lui-même la parole que vous entendez n'est pas de moi : elle est du Père. D'autre part, pour comprendre et nous souvenir, nous avons besoin du don du Défenseur selon ce que Jésus dit à ses disciples : l'Esprit Saint… vous enseignera tout, et il vous fera souvenir de tout ce que je vous ai dit. En acclamant la Parole de Dieu, en la recevant comme une lumière et une nourriture, nous retrouvons nos racines et nous sommes confirmés dans notre responsabilité d'annoncer et de vivre cette Bonne Nouvelle. Cette Parole ne peut être reçue que dans une relation d'amour et elle ne peut être fidèlement gardée que dans un engagement d'amour. A Dieu qui nous parle, notre réponse est celle de l'obéissance dans la foi. Et cette obéissance n'est qu'une manifestation de notre liberté dans l'amour. En éclairant notre intelligence, en formant notre conscience, en nous permettant de discerner dans les actes du quotidien, la Parole nous entraîne sur une voie de conversion permanente. Par elle, nous adhérons au projet de Dieu et nous sommes progressivement conformés au Fils unique, la Parole devenue chair de notre chair. Nous sommes fidèles à la Parole dans la mesure où nous vivons dans l'amour, et c'est cet amour qui nous permet de vivre la Parole à travers toutes les circonstances et les événements de notre vie. Si quelqu'un m'aime, il restera fidèle à ma parole. Aimer dans la fidélité à la Parole reçue nous prépare à accueillir au cœur même de notre être la présence de Dieu puisque Jésus nous dit : nous viendrons chez lui, nous irons demeurer auprès de lui. C'est donc que la Parole écoutée et mise en pratique avec amour réalise en nous notre communion personnelle avec le mystère même de Dieu. La Parole est pour nous lumière parce qu'elle jaillit du cœur de Dieu et transfigure toutes nos pauvretés humaines jusqu'à nous introduire au sein même de la gloire de la Jérusalem céleste. Là, notre centre et notre but, c'est le Christ car, comme l'affirme le Concile Vatican II, le Seigneur est le terme de l'histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l'histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cœurs et la plénitude de leurs aspirations (Gaudium et Spes, 45 §2). En accueillant la Parole, en nous confrontant à elle, nous reconnaissons que la source de lumière, c'est l'Agneau. Vis-à-vis de la Parole, nous ne sommes pas dans un rapport passif ou simplement intellectuel. Nous sommes dans une relation vitale qui est décisive pour notre vocation au témoignage. Comme les prophètes et les évangélisateurs qui ont ensemencé le monde par la Parole, nous avons nous aussi à la recevoir, à la prendre et à la manger. C'est elle qui nous transforme au plus intime de nous-mêmes et qui, demeurant en nous, nous illumine intérieurement au point que notre humanité, quelles que soient ses faiblesses ou ses blessures, est capable de rayonner de la gloire de Dieu. Lorsque la terre de notre humanité accepte de s'offrir et de s'exposer à la grâce de Dieu et à son amour, elle devient progressivement une icône, un sacrement de sa présence au cœur du monde. Il n'y a plus besoin de partir à la recherche d'un lieu ou d'un temple pour rencontrer Dieu, il suffit alors de rencontrer un chrétien, un disciple du Christ, pour être déjà en sa présence !
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| Le désir de Dieu est de demeurer en l'homme et la réponse à ce désir est un chemin sûr d'humanisation. Si nous nous reconnaissons disciples du Christ, nous n'apprendrons pas l'humanité en nous conformant aux modes passagères ou aux idées reçues, en nous informant seulement auprès des médias, en étant en recherche de toujours plus de plaisirs, de pouvoirs ou d'avoirs, mais en nous exposant au Christ. Nous portons le nom de chrétien, c'est donc que nous sommes les disciples du Christ et que, comme des disciples, nous sommes à son écoute et à son école. Nous ne pouvons pas réduire notre relation au Christ à quelques minutes dans la semaine ou seulement à une portion de notre vie. Notre vocation baptismale implique toute notre personne et engage tout ce que nous sommes à la suite du Christ. En l'écoutant et en le suivant, nous ne sommes pas sur une route de privations ou de frustrations mais sur une voie de plénitude et d'accomplissement. Ceux qui ne regardent l'Eglise et les chrétiens qu'en observateurs extérieurs ne peuvent pas comprendre ce qui se passe au plus profond de cette relation personnelle qui nous unit à Dieu. En nous donnant son amour et sa vie, le Ressuscité nous donne aussi sa paix mais ce n'est pas à la manière du monde [qu'il nous] la donne. Dans ce monde qui est plus rapide à dénoncer qu'à se convertir, dans une culture plus fascinée par l'éphémère que par l'engagement fidèle, nous osons affirmer : quiconque suit le Christ, homme parfait, devient lui-même plus homme (Gaudium et Spes, 41 § 1). Si nous le disons, c'est que telle est notre foi. Et en le disant, nous sommes conscients que nous rendons service à l'homme dans sa recherche de vérité. Les événements du moment, les faits divers aussi dramatiques soient-ils, les propos qui ont jeté chez [nous] le trouble et le désarroi ne doivent pas nous détourner de la recherche de Dieu. C'est lui qui a les paroles de la vie éternelle. C'est lui qui est le salut de tout homme et la joie de tous les cœurs. C'est lui qui est toujours prévenant et bienveillant en son amour qui nous crée, nous réconcilie et nous faire vivre. Au moment même où il s'engage sur le chemin du don total de lui-même, le Christ, dans sa liberté humaine et son obéissance filiale, confie à ses disciples son œuvre d'amour et de paix. Aujourd'hui, nous sommes les bénéficiaires, les héritiers mais aussi les responsables du prolongement et de l'actualisation de cette œuvre. Par la grâce du baptême, par le don de l'Esprit au jour de notre confirmation, nous avons reçu la mission d'être les disciples et les apôtres du Christ ressuscité. Ce n'est pas un chemin de facilité qui nous a été proposé mais un chemin d'amour. Notre modèle, c'est le Christ, lui qui a tout reçu de son Père et qui a tout donné aux hommes. En lui, nous apprenons jour après jour à nous abandonner à la volonté de notre Père et à vivre dans la vérité de l'amour. Puisque nous aimons, nous sommes dans la joie !
P. Philippe Blanc |
|  Dimanche 25 avril - 4e dimanche de Pâques | Dans la lumière de la résurrection, nous écoutons le Christ nous dire : Je suis le Bon Pasteur, le vrai berger. Etre ses disciples, cela signifie que nous acceptons de marcher à sa suite en nous laissant progressivement façonner par son amour et par sa Parole. Les chemins du berger sont aussi les chemins des brebis, parfois chemins de joie, parfois chemins de croix. Mais, toutes ces routes conduisent à la plénitude de la vie car le désir du Christ est de donner la vie éternelle. Dans la diversité de nos vocations personnelles, nous sommes tous engagés à rendre le Christ présent et à permettre à tout homme d'entrer en dialogue avec Jésus, le Verbe fait chair. Par le baptême, nous avons tous revêtus le Christ et, indépendamment de nos qualités et de nos performances, nous avons pour vocation commune d'être lumière au cœur du monde. Nous avons tous été marqués par le don de l'Esprit afin que notre vie soit une action de grâce, une participation au sacrifice d'amour du Christ, une louange à notre Dieu. Avec la foule immense contemplée par l'apôtre saint Jean, nous sommes rassemblés autour de l'Agneau et nous proclamons sa gloire. Nous avons sans cesse besoin de redécouvrir que le baptême n'est pas seulement un événement ponctuel de notre vie mais qu'il nous associe à l'être et à l'œuvre du Christ. Il fait de nous des êtres nouveaux appelés à vivre dans la liberté et déjà libérés de l'esclavage du péché. Il nous rend responsables de la transformation du monde et de l'annonce de l'Evangile. Il nous consacre pour que nous puissions offrir notre vie pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Chaque jour il nous faut apprendre à marcher sur cette route et c'est ainsi que nous vivons de plus en plus à l'imitation du Christ. Par le baptême, nous prenons conscience que là où est un chrétien, là est le Christ. La vie du chrétien est donc signe de la présence du Christ. L'enjeu est donc d'importance ! En nous voyant vivre, est-ce vraiment le Christ que l'on peut découvrir ? Ne nous contentons pas de poser cette question aux autres, sous forme de reproche… mais regardons notre vie personnelle, notre façon de vivre aujourd'hui, et n'oublions pas de nous confier aussi à la miséricorde de notre Dieu. L'Evangile nous montre le Christ sous les traits du vrai berger qui est au service de l'ensemble des brebis et qui se donne lui-même pour que chacune des brebis puisse recevoir la vie éternelle. Dans l'Apocalypse, l'Agneau devient le Pasteur qui conduit la multitude des sauvés vers les eaux de la source de vie. C'est donc lui, le Christ, l'unique Prêtre et l'unique Pasteur. C'est lui qui s'offre une fois pour toutes et c'est son sang qui nous lave des souillures de la grande épreuve du quotidien, qui nous purifie de toutes nos faiblesses et nous guérit de toutes nos trahisons. Mais, pour accomplir son œuvre de salut à travers l'histoire et faire entendre la Parole de vérité à toutes les nations, le Christ a voulu s'associer d'abord les Apôtres puis leurs successeurs, les évêques et les prêtres.
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| Au moment même où les attaques et les critiques fusent de toute part à l'égard du Pape, des évêques et des prêtres, la liturgie de l'Eglise nous invite, en ce Dimanche des vocations sacerdotales, à regarder avec foi le Christ-Prêtre et à mieux découvrir la place du prêtre au sein de la communauté ecclésiale et dans son rapport particulier avec le Christ. Comme l'écrivait Jean Paul II : Le prêtre trouve la pleine vérité de son identité dans le fait d'être une participation spécifique et une continuation du Christ lui-même, souverain et unique prêtre de la Nouvelle Alliance ; il est une image vivante et transparente du Christ prêtre. C'est avec ce regard-là qu'il nous faut voir le prêtre si nous nous reconnaissons comme membres de l'Eglise du Christ. Ce n'est pas en parlant du prêtre comme d'un animateur de groupe, un organisateur d'activités ou un gestionnaire d'affaires que nous pourrons faire résonner l'appel du Christ : viens, suis-moi. Ce n'est pas parce qu'on nous rabâche sans cesse les misères humaines et les erreurs commises par tel ou tel de ceux qui ont été appelés que nous devons douter de la nécessité du prêtre. Jésus n'a-t-il pas appelé Pierre, qui l'a pourtant renié ? N'a-t-il pas choisi Saul, le persécuteur ? Le choix de Dieu ne dispense pas l'homme de l'exercice de sa liberté mais la Bonne Nouvelle de la miséricorde nous rappelle aussi que le pécheur n'est jamais réductible à son péché. Celui qui renie peut devenir le berger des brebis du Seigneur, le persécuteur peut être proclamé l'Apôtre des Nations. L'Eglise a besoin de prêtres parce que le monde a besoin du Christ ! L'Eglise appelle aujourd'hui de jeunes hommes à suivre le Christ dans la vie sacerdotale parce que trop de nos contemporains marchent encore comme des brebis sans berger. Il s'agit d'un appel radical, qui englobe toute la personne dans un acte incessant d'offrande d'elle-même. La réponse ne peut être qu'une expression d'un amour qui rend tout possible parce qu'il a touché le cœur de l'homme. L'aventure du sacerdoce n'est pas un piège mais un mystère d'amour qui se réalise dans le quotidien et qui s'incarne à travers toutes les occasions de rencontres, de célébrations, de dialogues… Le prêtre, c'est le Christ continué, c'est le visage actuel du Christ qui ne fait qu'un avec notre humanité pour l'élever à la vie divine. C'est lorsqu'il est élevé de terre que le Christ attire à lui la multitude des enfants de Dieu encore dispersés. La croix est pour lui le trône de gloire et l'arbre d'une vie nouvelle, elle est aussi l'autel du sacrifice et le signe du salut. Le prêtre, à la suite du Christ, est au service de l'unité de la famille humaine et de l'union avec Dieu. Dans sa vie et dans son ministère, la croix n'est pas un accident ou une mauvaise surprise. Elle fait partie de son quotidien puisque son quotidien, c'est l'amour qui se donne et qui se répand. Elle est le lieu de toutes les attaques mais aussi de toutes les libérations. Elle est la proclamation de la victoire de la vie, de la victoire du Christ. Suivre le Bon Pasteur, vivre à l'imitation du vrai berger, demande au prêtre de vivre au rythme de l'amour du Christ qui est d'être à chaque instant à chacun et à tous dans un don total de soi-même. Dans le tumulte du monde, l'Eglise appelle avec confiance et redis avec l'Apôtre saint Pierre : Seigneur, à qui irions-nous, toi seul as les paroles de la vie éternelle.
P. Philippe Blanc |
|  Dimanche 18 avril - 3e dimanche de Pâques | Comme les Apôtres, nous avons reçu l'Esprit Saint pour témoigner devant les hommes et à la face du monde de notre bonheur d'être disciples du Christ. Alors qu'ils annonçaient la Bonne Nouvelle de la résurrection et qu'ils proclamaient l'unique Sauveur, les Apôtres eux-mêmes furent déjà confrontés à l'opposition, au rejet et à l'incompréhension de leurs contemporains. Leur parole dérangeait et donc les membres du grand conseil leur avaient formellement interdit d'enseigner. Mais Pierre répondit avec conviction : il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. Depuis ces événements, le temps est passé… mais l'attitude de certains n'a pas changée. A l'époque, on avait fouetté les disciples pour qu'ils se taisent… aujourd'hui, le déchaînement médiatique a pris le relais avec ses accusations et ses jugements. Mais c'est avec le même calme et la même conviction d'être au service de la Vérité qu'est le Christ, que le successeur de Pierre répète : il faut obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. L'annonce de l'Evangile ne va pas toujours dans le sens de ce que les hommes voudraient entendre mais, comme le dit notre Pape, nous devons au monde la charité de la vérité. Ce n'est pas le bruit des rumeurs et des mises en scènes outrancières qui doivent conduire l'Eglise à se taire ou à douter de sa mission. La question décisive qui est à jamais posée aux Pasteurs de l'Eglise et, plus largement, à tous les baptisés est : Est-ce que tu m'aimes ? Est-ce que tu m'aimes d'un amour suffisamment ancré pour être capable d'affronter toutes les tempêtes et pour oser avancer au large ? Est-ce que tu m'aimes au point de me suivre et d'offrir ta vie dans l'obéissance à la volonté du Père ? C'est là, dans ce dialogue de vérité, que se joue toute la mission particulière de Pierre à l'égard de l'ensemble du troupeau. Il devient le berger des brebis du Seigneur non seulement parce qu'il proclame son amour pour lui, mais parce que ses réponses affirment qu'il est prêt à donner sa vie, comme le Christ, pour que le salut et le bonheur soient offerts à tout homme. A la suite du Christ, le ministère de Pierre est un ministère de l'amour, un service rendu à l'amour. Et Pierre se souvient alors que l'amour se manifeste dans sa plénitude au jour de la Croix. Lui aussi étendras les mains et sera ainsi configuré à Celui qui l'a appelé, suis-moi, et qui l'a choisi pour une mission particulière, sois le berger de mes brebis. Les époques changent mais le mystère vécu et célébré est le même. Si l'Eglise est fidèle à sa responsabilité d'annoncer l'Evangile et de faire des disciples dans l'obéissance à la Parole reçue du Christ, il est normal que la Croix fasse partie de son quotidien. Certains de nos contemporains voudraient que l'Eglise se taise, d'autres souhaiteraient la restreindre dans une sphère strictement privée… des voix l'accuse de toutes les déviations, d'autres la caricature en méprisant ses pasteurs et ses fidèles… Mais là, encore, rappelons-nous l'attitude des Apôtres, qui nous a été rapportée par la première lecture : mais eux repartaient tout joyeux d'avoir été jugés dignes de subir des humiliations pour le nom de Jésus. La réponse de l'Eglise est donc toujours la même, et cette réponse, elle l'a apprise du Christ : il n'y a pas de plus belle preuve d'amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime. Certes, la vérité doit être annoncée et la justice manifestée ; les mensonges doivent être combattus et les erreurs dénoncées ; mais la vérité est toujours du côté de l'amour, de l'amour qui s'offre à mains nues et à cœur ouvert. A travers tout cela, c'est toujours le même combat qui est livré, celui de la Lumière contre les ténèbres.
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| La meilleure façon de combattre les ténèbres et leurs œuvres, c'est de s'exposer au rayonnement du Christ-Lumière, du Christ qui vient transfigurer la fragilité et la faiblesse de notre humanité en la revêtant de sa divinité. Face aux tentations de découragement et aux attaques répétées, face à la force du Malin et à la perversité de ceux qui le servent, notre réponse est : Dieu est riche en miséricorde. Et, avec saint Jean dans son Apocalypse, nous proclamons : Lui l'Agneau immolé, il est digne de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et bénédiction. C'est là que se trouvent les racines de notre foi, de notre espérance et de notre charité. C'est là que nous trouvons la force et l'audace de cheminer au cœur d'un monde encore aux prises avec le Diviseur qui veut s'opposer au projet de Dieu et qui s'attaque à lui en s'attaquant à ses serviteurs. Comme au bord du lac de Tibériade, Jésus ressuscité se manifeste à nous. A l'écoute de la Parole et à la fraction du Pain, nos yeux s'ouvrent et nous reconnaissons nous aussi c'est le Seigneur ! Par moment, nous avons peut-être l'impression de ne pas réussir, de ne pas avoir découvert les bons moyens ou les arguments adaptés. Nous sommes comme les disciples qui passèrent la nuit sans rien prendre. Mais, comme eux, il nous faut aussi accepter d'être surpris par le Christ, de nous abandonner à sa Parole et de croire que ce qu'il dit s'accomplit au moment fixé par Dieu. Aujourd'hui, le filet nous paraît vide mais le jour vient où cette fois [nous n'arriverons pas] à le ramener, tellement il y [aura] de poisson. Au milieu des difficultés du moment et des épreuves qui nous blessent, il ne faut pas perdre de vue cet accomplissement de l'œuvre du Christ, cet avènement du Royaume qui n'est pas une promesse illusoire mais une réalité déjà actuelle et qui doit encore parvenir à sa plénitude. L'histoire de l'Eglise nous montre que des disciples du Christ ont parfois failli à leur mission et l'ont renié, qu'il leur est arrivé de trahir leurs engagements et de blesser telle ou telle personne. Même s'il n'y a pas que cela dans notre histoire, nous devons affronter cette réalité avec vérité et nous en remettre surtout à la miséricorde de Dieu. Mais aujourd'hui, n'oublions pas que le Christ ressuscité s'adresse à chacun de nous avec cette question qui ne peut rester sans réponse : Est-ce que tu m'aimes ? Parce que Pierre proclame son amour il est guéri de ses trahisons et de ses reniements. A sa suite, c'est la proclamation de notre amour, d'un amour prêt à aller jusqu'au don de soi en imitation de l'amour du Christ, qui nous guérira de nos faiblesses et de nos péchés et qui nous permettra de continuer à rédiger le livre des Actes des Apôtres. Par notre vie et notre témoignage, l'histoire de l'Eglise à encore de belles pages de gloire à écrire ! Sous la conduite de Pierre, nous sommes en marche vers l'unique bergerie et à chacun d'entre nous le Ressuscité dit maintenant : suis-moi !
P. Philippe Blanc |
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| Directeur de publication : Père Philippe Blanc | dernière mise à jour : samedi 26 juin 2010 |
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