TERRE SAINTE

Conférence de Mgr William Shomali - 13 mai 2010


Le Synode sur le Moyen Orient
dans son contexte géopolitique et pastoral



Chers frères et soeurs,

Merci d'avoir organisé cette conférence pour mieux vous préparer au prochain Synode sur le Moyen Orient. Le Synode s'adresse à vous aussi. Vous l'avez compris et vous avez répondu aux questions des lineamenta avec beaucoup d'application. Vous serez à coup sûr les premiers à mettre en pratique les recommandations du synode. Merci pour votre collaboration, indispensable et précieuse. Vous, religieux et religieuses de Terre Sainte, continuez à être à l'avant-garde de l'Eglise pour témoigner de l'amour du Christ à tous les hommes, sans distinction de religion et de race. Votre témoignage dans le domaine de la charité, de l'éducation et de la santé est unique et irremplaçable.

Le Synode de l'Eglise Catholique pour le Moyen Orient concerne des pays arabes et non arabes et couvre une vaste aire géographique allant de l'Egypte à la Turquie et de l'Iran à Israël, en passant par les pays du Golfe, l'Iraq, le Liban, la Syrie, la Jordanie, la Palestine et Chypre. Il touche directement ou indirectement 14 millions de chrétiens sur une population totale de 330 millions d'habitants, parmi lesquels on compte des Arabes, des Turcs, des Iraniens, des Grecs et des Juifs. Ce synode se penchera donc sur une situation complexe et diversifiée.

Il y a déjà eu ces dernières années un synode pour le Liban et un autre pour la Terre Sainte, c'est vrai. On serait donc en droit de se poser les questions suivantes : “Au lieu d'un synode si ambitieux pour tout le Moyen Orient, pourquoi ne pas avoir organisé un Synode particulier pour chaque pays qui ne l'a pas encore fait? Pourquoi le Liban et la Terre Sainte devraient-ils recommencer le même travail?” La réponse est que le nombre et la complexité des problèmes et des défis qui se posent au Moyen Orient sont trop grands pour être traités par les divers diocèses et Eglises séparément. De plus, notre monde globalisé rend indispensable un synode qui traite globalement tous les problèmes communs sous l'autorité du Souverain Pontife, “cum Petro et sub Petro”.

Voici les deux principaux buts que se propose le Synode :

1- Confirmer et renforcer les chrétiens dans leur identité à travers la Parole de Dieu et les Sacrements.
2- Ranimer la communion ecclésiale entre les Eglises sui iuris afin qu'elles puissent offrir un témoignage de vie chrétienne authentique, joyeuse et attrayante.

Une des particularités du Moyen Orient est le grand nombre d'Eglises orientales sui iuris qui y sont enracinées : Melkites, Syriens, Maronites, Coptes, Arméniens et Chaldéens. Ces Eglises ont besoin de vivre leurs spécificités liturgiques, linguistiques et pastorales d'une part, et une plus grande communion entre elles d'autre part. Actuellement, cette communion laisse à désirer. Elles ont aussi besoin d'un renouveau liturgique et pastoral. L'Eglise latine a vécu ce changement à l'occasion du Concile Vatican II, qui a révolutionné la liturgie, l'ecclésiologie et l'ouverture au monde. Les Eglises orientales ont besoin d'une révolution semblable pour s'adapter, se moderniser et pouvoir ainsi mieux répondre aux besoins de leurs fidèles aujourd'hui.

Voilà pour l'introduction au thème de notre conférence. Entrons à présent dans les détails.

    
I. La situation géopolitique au Moyen Orient

1- La Turquie. Elle compte 72 millions d'habitants, dont la majorité sont musulmans. Les chrétiens sont 100.000, soit un peu plus d'1 pour mille. La Turquie est un pays laïc, séparant l'Etat et la religion (l'Islam). Elle cherche à se donner bonne figure pour pouvoir entrer dans la communauté européenne. A son crédit, on peut citer la laïcisation introduite par Atatürk en 1924 ; à son débit, il faut citer le génocide arménien, dont la Turquie refuse de reconnaître la responsabilité, et le partage de l'île de Chypre entre Turcs et Grecs, dont elle est aussi responsable.

2- L'Iran. C'est un pays où l'Islam chiite est dominant dans tous les secteurs de la société. Les musulmans sont 72 millions tandis que les chrétiens – arméniens et assyriens surtout – ne sont que 200.000. Des nouvelles provenant de l'Iran rapportent l'existence d'une communauté baptiste active, qui a fait des milliers de convertis au christianisme (on parle de 10.000 conversions). Mais un converti est traité en renégat ; il trahit l'Islam et soutient l'ennemi par excellence : les Américains. L'Iran est riche et soutient les chiites du Liban et le Hamas à Gaza pour des raisons religieuses et idéologiques. Il a des ambitions territoriales dans le Golfe où vit une large minorité chiite réduite au silence.

3- L'Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Dans cette région riche en pétrole vivent 33 millions d'habitants. Les divers régimes politiques ont une attitude différente à l'égard des chrétiens ; cela va du grand respect – comme au Qatar, à Abu Dabi et Dubai – à l'intransigeance et au manque de liberté – comme en Arabe Saoudite. Alors que le Qatar a permis la construction d'une grande église pouvant contenir 5000 fidèles, les chrétiens d'Arabie Saoudite, un demi million environ, ne sont pas autorisés à se rassembler pour prier. Ils se réunissent secrètement dans des maisons privées pour prier le dimanche, quitte à être sanctionnés. Un autre problème est posé par l'existence d'un grand nombre de travailleurs chrétiens immigrés, souvent privés de leurs droits sociaux et religieux élémentaires. En plus, l'Islam militant profite de la gêne économique de ces travailleurs immigrés pour les convertir à l'Islam. Un certain nombre se convertit chaque année, moyennant la promesse de bénéfices matériels conséquents.

4- L'Egypte. Le nombre des Coptes n'est pas encore certain. Les statistiques de l'Etat parlent de 6 millions, tandis que l'Eglise copte parle de 12 millions. Le chiffre de 10 millions serait plus proche de la vérité. Les heurts entre les communautés musulmane et copte sont nombreux. Les Egyptiens sont les gens les plus religieux du monde pour la pratique religieuse, mais aussi pour le fanatisme. Les Coptes se sentent méprisés et privés de beaucoup de leurs droits, en particulier la liberté de culte (difficulté de construire une Eglise) et la liberté de conscience. Leur place dans la société et le gouvernement est insignifiante. Un exemple : sur 454 parlementaires égyptiens, seuls 3 sont chrétiens, soit moins de 1%, alors que le pourcentage des chrétiens en Egypte est de 10% au moins.
“En Égypte, la montée de l'Islam politique d'une part et le désengagement, en partie forcé, des chrétiens par rapport à la société civile, rendent leur vie sujette à l'intolérance, à l'inégalité et à l'injustice. En outre, cette islamisation pénètre aussi par les médias et l'école dans les familles, modifiant les mentalités qui s'islamisent inconsciemment” (Instrumentum laboris).

5- L'Iraq. L'invasion américaine a décimé la communauté chrétienne. Avant 1987, elle comptait 1.250.000 fidèles, surtout chaldéens. Aujourd'hui ils sont moins de 400.000. L'un des grands désastres de ce siècle est l'exode massif des chrétiens iraquiens à cause de l'insécurité et des vexations dont ils sont victimes. En Iraq, la guerre a déchaîné les forces du mal dans le pays, entre les courants politiques et entre les confessions religieuses. Elle a fait des victimes parmi tous les Iraquiens, mais les chrétiens ont été parmi les principales victimes parce qu'ils représentent la plus petite et la plus faible des communautés iraquiennes. Aujourd'hui encore, la politique mondiale n'en tient aucun compte. Cette calamité s'ajoute aux autres qui ont frappé le Moyen Orient dans le passé :
  • le génocide d'un million et demi d'Arméniens en Turquie en 1915 ;
  • le génocide contre les Maronites en 1860 et la guerre civile au Liban qui a causé l'exode d'un grand nombre de chrétiens ;
  • l'émigration des chrétiens de Terre Sainte, incessante depuis plus d'un siècle.

6- La Syrie. La situation du million et demi de chrétiens syriens semble tranquille sous le régime du Baas syrien qui compte sur les minorités, la famille Asad provenant elle-même d'une minorité alaouite. Mais existe toujours la peur d'un changement inattendu et d'un revirement de situation. En Iraq, par exemple, les chrétiens jouissaient de beaucoup de privilèges durant le régime de Saddam. A peine détrôné, il semble que le vase de Pandore se soit ouvert contre les chrétiens. La phobie des bouleversements subsiste toujours dans le monde arabe, puisque la politique de l'Etat dépend souvent de l'attitude, bienveillante ou malveillante, de la famille ou du parti au pouvoir, plutôt que d'une attitude populaire durable.

7- Au Liban, les chrétiens sont divisés au plan politique et confessionnel, et personne n'a de projet acceptable par tous. L'équilibre politique atteint en 1943 quand les chrétiens étaient 55% de la population totale ne traduit pas la situation sur le terrain. Les Chiites, qui deviennent chaque jour plus nombreux et plus forts, demandent davantage d'autorité au Parlement. L'équilibre actuel est vulnérable. Le Liban doit atteindre une maturité démocratique et sortir d'un confessionnalisme absurde sans effusion de sang.

8- La Jordanie est un pays calme. Les chrétiens se sentent en sécurité et jouissent de la liberté religieuse, ayant des représentants au parlement et dans le gouvernement. Nous avons été témoins de l'accueil chaleureux fait au Pape Benoît XVI par le Roi et le gouvernement de la Jordanie. Malgré cela, la liberté de conscience n'existe pas. C'est un fait que nous remarquons dans tous les pays arabes. L'Islam affirme être la religion de la vérité, de l'unique vérité. Les autres religions ne sont que tolérées. C'est pourquoi il n'est pas permis à un musulman d'abandonner la vérité pour l'erreur. Changer de religion est perçu comme une trahison envers la société, la culture et la nation, trois réalités bâties principalement sur une tradition religieuse.

9- Palestine et Israël. Le conflit entre Palestiniens et Israéliens dure depuis plus de 80 avec 6 confrontations violentes, auxquelles il faut ajouter deux Intifadas populaires. C'est un conflit de nature idéologique qui ne semble pas près de trouver une solution à court terme. La situation économique et le manque de sécurité ont obligé une grande partie des chrétiens palestiniens à émigrer. La diaspora palestinienne compte 500.000 personnes environ, dont la majorité se trouve au Chili.

II. Identification des problèmes majeurs auxquels le Synode doit faire face

Ce survol nous a permis d'identifier les problèmes majeurs dont souffrent les communautés chrétiennes du Moyen Orient :

  • Une émigration qui a affaibli le tissu chrétien. Cette émigration a ouvert aussi les yeux des musulmans modérés, qui voient dans cet exode l'appauvrissement de la société arabe et la perte d'éléments modérés. Beaucoup d'intellectuels palestiniens – parmi lesquels Faysal Al Husseini, le Grand Mufti actuel de Palestine, le Grand Magistrat Tayseer Tamimi, le président Mahmoud Abbas, le Premier Ministre Salam Fayyad – ont affirmé que le départ des chrétiens était une perte pour tous les Palestiniens et mettra face à face l'extrémisme juif et l'extrémisme musulman. Les chrétiens sont un élément modéré qui attire la sympathie de l'Occident pour la question palestinienne. En outre, par le passé, les chrétiens du Liban, d'Egypte, de Syrie et de Palestine ont participé au progrès et au développement de leurs sociétés respectives. Quand leur nombre diminuera et qu'ils ne constitueront plus qu'un faible pourcentage de la population totale, leur présence sera insignifiante, raison de plus pour encourager ce petit reste à émigrer.

  • Les conversions à l'Islam. Il est vrai que peu de chrétiens deviennent musulmans. Mais étant donné le nombre réduit de nos communautés, tout compte. En Egypte, on parle de 15.000 jeunes filles chrétiennes qui, chaque année, deviennent musulmanes pour des raisons de mariage. Chaque année, de pareils cas se produisent en Palestine et en Jordanie. Chaque fois c'est un drame pour la famille qui considère cette conversion comme une trahison envers sa religion et envers elle-même. Dans la majorité des cas, la jeune fille est considérée comme perdue car elle perd toute relation avec sa famille. La conversion ne touche pas seulement les filles. Les ouvriers étrangers dans les pays du Golfe en sont victimes aussi. Pour continuer à trouver du travail, la conversion a l'Islam aide énormément. Dans le seul petit émirat de Dubai, le nombre d'hommes et de femmes passés à l'Islam en 2008 est de 2763. Ils appartiennent à 72 nationalités différentes.

  • La montée de l'Islam politique : “La montée de l'Islam politique à partir des années 1970 est un phénomène saillant qui affecte la région et la situation des chrétiens dans le monde arabe. Cet Islam politique comprend différents courants religieux qui voudraient imposer un mode de vie islamique aux sociétés arabe, turque ou iranienne et à tous ceux qui y vivent, musulmans et non musulmans. Pour ces courants, la cause de tous les maux est l'éloignement de l'Islam. La solution est donc le retour à l'Islam des origines. D'où le slogan : l'Islam est la solution […] Dans ce but, certains n'hésitent pas à recourir à la violence” (Instrumentum Laboris).

  • La mentalité du ghetto : “La religion considérée comme élément d'identification non seulement différencie mais peut aussi diviser et être asservie pour engendrer des fermetures et de l'hostilité. Le danger est dans le repliement sur soi et la peur de l'autre. Il faut à la fois renforcer la foi et la spiritualité de nos fidèles et resserrer le lien social et la solidarité entre eux, sans tomber dans une attitude de ghetto” (Instrumentum Laboris).

III. Réponse du Synode aux attentes des Chrétiens du Moyen Orient

L'Eglise ne prétendra jamais offrir des solutions préfabriquées à tous les problèmes des chrétiens qui vivent au Moyen Orient. La situation de chaque église, voire de chaque fidèle, est particulière et on ne peut pas trouver la solution parfaite pour toutes ensemble. A la place, L'Eglise indique les lieux et les moyens pour procurer la solution à ces problèmes et elle propose 3 pistes importantes :

1- Il faut former les chrétiens à lire et à vivre de la Parole de Dieu

On trouve au Moyen Orient une grande religiosité et beaucoup de dévotion populaire. Mais la Parole de Dieu n'a pas pris encore sa juste place dans la spiritualité du peuple chrétien. La lectio divina est restée le privilège d'une élite. Il faut faire beaucoup d'efforts pour initier le peuple à la lecture et à la méditation de la Bible. Une partie du succès des sectes vient de leur contact avec la Parole de Dieu, en plus du fait qu'ils constituent partout des communautés ferventes qui attirent ceux qui sont en recherche de chaleur humaine.

L'Écriture Sainte, écrite sur nos terres et dans nos langues (hébreu, araméen ou grec), avec des expressions culturelles et littéraires que nous ressentons comme nôtres, guidera notre réflexion. La Parole de Dieu est lue en Église. Ces Écritures, transmises et méditées dans nos saintes Liturgies, nous sont parvenues à travers les communautés ecclésiales. Elles sont une référence incontournable pour découvrir le sens de notre présence, de notre communion et de notre témoignage dans le contexte actuel de nos pays.

Voici une des réponses aux Lineamenta, à propos de la Parole de Dieu : “La Parole de Dieu oriente, donne sens et signification à la vie, la transforme radicalement, y trace des chemins d'espérance, et assure l'équilibre vital de notre triple relation à Dieu, à nous-mêmes et aux autres. Par ailleurs, elle aide à affronter les défis du monde d'aujourd'hui. Aussi devrait-elle être la référence des chrétiens dans l'éducation des enfants, en particulier pour une expérience du pardon et de la charité. De fait, certaines familles s'en inspirent dans l'éducation de leurs enfants.”

2- Il faut former les chrétiens au pardon, à la réconciliation et à l'ouverture à l'autre

Les régions du Moyen Orient sont déchirées par des conflits sanguinaires, produisant des haines et des rancunes inexpiables. Kurdes, Iraniens, Palestiniens, Israéliens et Libanais ont terriblement souffert et leurs blessures ne sont pas encore refermées, encore moins guéries. Parfois la religion s'y mêle comme arrière-fond pour idéologiser le conflit et le durcir. La solution n'est pas dans les représailles qui créent un cercle vicieux de violence sans fin, mais dans le dialogue et le pardon. Ce sera le travail des éducateurs à long terme. Les chrétiens auront leur contribution à offrir dans la résolution des conflits de caractère politique ou religieux.

L'ouverture à l'autre a aussi une dimension interreligieuse. Le Pape Benoit XVI, en visitant la Terre Sainte, la Palestine et la Turquie, a tenu à rencontrer les chefs musulmans. Il a fait de même avec la religion hébraïque pour encourager le dialogue interreligieux. Il sait que le futur de l'Humanité dépend de nos efforts en ce sens.

L'ouverture à l'autre a aussi une dimension œcuménique. Parmi les réponses aux Lineamenta, on trouve ces lignes pertinentes : “Toutes les divisions entre les Eglises du Moyen Orient sont les fruits amers du passé, mais l'Esprit travaille les Eglises pour les rapprocher et faire tomber les obstacles à l'unité visible voulue par le Christ, pour qu'elles soient Une dans leur multiplicité, à l'image de la Trinité, s'enrichissant mutuellement de leurs Traditions respectives : ‘Que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et moi en toi. Qu'ils soient un en nous, eux aussi, afin que le monde croie que tu m'as envoyé' (Jn 17, 20-21)”.

La divergence majeure entre l'Eglise catholique et les Eglises orthodoxes tient dans la notion de primauté de l'Evêque de Rome. Dans son encyclique Ut unum sint (numéros 88-96, surtout 93 et 95), le Pape Jean-Paul II admet la responsabilité de “trouver un moyen d'exercer la primauté qui, tout en ne renonçant en aucune manière essentielle à sa mission, n'en est pas moins ouvert à une nouvelle situation, en tenant compte de la double tradition canonique latine et orientale.”

3- Il faut former les chrétiens à considérer leur présence ici comme une vocation et non comme une fatalité

Les chrétiens qui vivent au Moyen Orient sont enracinés dans une culture et dans une langue, et vivent avec d'autres peuples dont ils partagent la langue, l'histoire et beaucoup de traditions. Les chrétiens ne doivent pas se sentir étrangers. Ils sont appelés à être témoins du Christ dans les pays mêmes où ils vivent. Fuir leurs pays d'origine, c'est fuir la réalité. Il faut encourager les chrétiens à vivre avec foi et joie dans le pays de leurs ancêtres. Leur départ affaiblira le petit reste, qui cherchera lui aussi à partir.

Les fidèles attendent des pasteurs qu'ils leur donnent les raisons claires de leur mission dans chaque pays. Nous ne pouvons être autre chose que d'authentiques témoins du Christ ressuscité présent par l'Esprit Saint dans son Église, dans les pays où nous sommes nés et où nous vivons, pays qui se caractérisent non seulement par un processus de maturation politique et démocratique, mais, malheureusement, par des conflits et l'instabilité.

Un autre aspect pourrait aider à limiter l'émigration : rendre les chrétiens plus conscients du sens de leur présence et de la nécessité de s'engager ici et maintenant, dans la vie publique. Chacun dans son pays est porteur du message du Christ à sa société. Ce message est à porter tout autant dans les difficultés et dans la persécution.

Conclusion

Je voudrais terminer par quelques témoignages concernant les religieux et le clergé trouvés dans les réponses aux Lineamenta :

“Les réponses soulignent l'importance du témoignage chrétien à tous les niveaux, d'abord la vie consacrée, qui est présente dans nos pays à des degrés divers. La première mission des moines et moniales est la prière et l'intercession pour la société : pour plus de justice dans la politique et l'économie, plus de solidarité et de respect dans les rapports familiaux, plus de courage pour dénoncer les injustices, plus d'honnêteté pour ne pas se laisser entraîner dans les querelles de la cité ou dans la recherche des intérêts personnels. Telle est l'éthique que pasteurs, moines, moniales, religieux, éducateurs, se doivent de proposer, avec une grande cohérence de vie personnelle et communautaire, dans nos institutions sociales, caritatives et éducatives, afin que nos fidèles soient eux aussi toujours plus de véritables témoins de la Résurrection dans la société.”

“La formation de notre clergé et des fidèles, les homélies et la catéchèse, doivent donner au croyant un sens authentique de sa foi, et lui donner conscience de son rôle dans la société au nom de cette foi. Il faut lui apprendre à chercher et voir Dieu en toute chose et en toute personne, s'efforçant de le rendre présent à notre société, à notre monde, par la pratique des vertus personnelles et sociales : justice, honnêteté, droiture, accueil, solidarité, ouverture de cœur, pureté de mœurs, fidélité, etc.”

“Les ministres du Christ, les personnes consacrées, hommes et femmes, et tous ceux qui cherchent à Le suivre de plus près, portent une lourde responsabilité spirituelle et morale dans la communauté : ils devraient être un modèle et un exemple pour les autres. La communauté attend d'eux qu'ils vivent concrètement les valeurs de l'Évangile de manière exemplaire. On ne s'étonnera pas de constater que beaucoup de fidèles souhaitent de leur part une plus grande simplicité de vie, un réel détachement par rapport à l'argent et aux commodités du monde, une pratique rayonnante de la chasteté et une pureté de mœurs transparente. Ce Synode voudrait aider à cet examen de conscience sincère pour découvrir les points forts, afin de les promouvoir et de les développer, et les points faibles, afin d'avoir le courage de les corriger.”

Père William Shomali


Directeur de publication : Père Philippe Blancdernière mise à jour : samedi 26 juin 2010